Depuis les origines de l’humanité, soigner a toujours été un acte profondément lié à la survie mais aussi au vivre-ensemble. Dans ce cadre les soins étaient assurés au sein des familles, des communautés et des institutions religieuses, guidés par la compassion, l’entraide et le souci de l’autre.
L’histoire des soins infirmiers témoigne de cette évolution remarquable : des gestes intuitifs de guérison aux savoirs transmis par l’expérience, des premiers hospices médiévaux aux réformes majeures portées par Florence Nightingale et Madame de Gasparin qui toutes deux ont permis à cette activité de rentrer dans l’ère scientifique promouvant les pratiques modernes fondées sur la science et la recherche. Mais pour passer d’un rôle perçu comme une mission charitable à une profession à part entière, les infirmières ont dû livrer de véritables combats, lutte pour accéder à une formation spécifique, pour obtenir un statut reconnu, pour s’émanciper de la tutelle médicale ou religieuse, pour revendiquer une autonomie et des responsabilités claires : ces conquêtes sociales toujours d’actualité aujourd’hui ont façonné l’identité infirmière. Ainsi chaque époque révèle des infirmières et infirmiers qui, dans les crises, les guerres, les épidémies, les pandémies, ou la vie quotidienne, ont incarné l’humanité dans le soin
Malgré une émancipation certaine de la profession, cette dimension humaniste, qui en constitue son ADN, est souvent considérée comme secondaire au profit des gestes techniques beaucoup plus visibles et quantifiables. On désigne « les soins infirmiers de l’ombre » ceux qui sont en lien principalement avec cette dimension soit un ensemble d’activités, de gestes, d’attitudes et de présences qui échappent souvent à la reconnaissance institutionnelle car considérés comme secondaire, mais qui s’avèrent essentiels au bien-être et à la dignité des patients. On note par exemple :
– Les gestes de confort non techniques (ajuster un oreiller, humidifier des lèvres, baisser les rideaux)
– Les présences silencieuses, l’écoute, le fait de rester là avec une personne lors d’une crise d’angoisse
– L’attention à la souffrance morale, à la solitude, à l’angoisse
– La médiation avec la famille, respect de la pudeur, de l’intimité, des rituels personnels


À l’heure actuelle, de nouveaux défis se posent : vieillissement de la population, maladies chroniques, inégalités d’accès aux soins, crises sanitaires mondiales, bouleversements technologiques et organisationnels si bien que le système de santé actuel est potentiellement à repenser. Face à ces enjeux, les infirmières occupent une place stratégique. Elles sont des expertes du soin, capables de conjuguer savoirs scientifiques, compétences techniques et relation humaine. Leur rôle dépasse largement le cadre hospitalier : elles agissent dans la prévention, l’éducation à la santé, la recherche, la coordination des parcours de soins et la santé communautaire si bien que leur étendu de pratique est très large. Chaque citoyen que nous sommes doit se questionner sur sa santé d’aujourd’hui et de demain avec une expression des souhaits sur sa prise en charge. Ainsi un nouveau design du soin pourra naitre avec surement une place importante à la qualité humaine reconfigurant de fait la place des infirmières dans la société
Cette exposition invite à un voyage à travers le temps pour comprendre d’où viennent les soins infirmiers, comment ils se sont transformés et, surtout, quelle contribution essentielle les infirmières et infirmiers continuent d’apporter à la société : une présence indispensable, à la fois discrète et puissante, au service de la vie et de l’humanité. Le but ultime est de déconstruire les représentations sociales liées à cette profession et de promouvoir une vision professionnelle de l’infirmière comme actrice de la santé des personnes. L’espace de médiation à la fin de l’exposition doit permettre cette reconstruction.
Un avant-goût de l’exposition à venir.
Découvrez le colloque qui a eu lieu début novembre, à l’Institut et Haute École de la Santé La Source.
Face à une transformation rapide et profonde du système de santé, les infirmier·ères se trouvent confronté·es à des défis majeurs: vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques, inégalités sociales croissantes en matière de santé, et pénurie persistante de personnel infirmier. Pourtant, leur rôle est plus que jamais central pour garantir une prise en soin humaine, éthique et durable.